Rencontre avec Arnaud de Broves, Quentin Chapuis et Paul-Antoine Solier

Membres fondateurs de la FFA (Fédération Française de l’Apéro)

À l’occasion la sortie de leur Dictionnaire de l’Apérole 26 octobre dernier, les trois fondateurs de la Fédération Française de l’Apéritif reviennent sur leur parcours, entre épiceries-bars, recettes maison et… livre, donc.

Vous vous connaissez depuis longtemps ?

A. de B. : C’est le moins que l’on puisse dire ! Quentin et moi étions ensemble au collège, dans les Yvelines. Quant à Paul, un ami de mon grand-frère, il a épousé ma sœur !

Comment est née la Fédération Française de l’Apéritif ?

A. de B. : Étudiant en Irlande, j’avais créé en 2007 un groupe Facebook à ce nom. C’était le début du réseau social. Le but était de rester en contact avec nos amis.

P.-A. S. : Arnaud n’avait pas compris que ce réseau était ouvert…

A. de B. : Oui, nous avons très vite été dépassés. Avec plus de 250k followers, nous sommes devenus le plus grand groupe français sur Facebook. Sans aucune animation. C’était une simple tribune libre. Puis, en 2015, Quentin, de retour du Canada où il avait travaillé pour Valrhona, a émis l’idée de faire de ce groupe quelque chose d’intelligent. Pour une fois… Aussitôt, l’envie de mener ensemble ce projet a pointé, avant que le concept ne s’affine. Celui d’une épicerie qui rassemblerait en un seul lieu tout le nécessaire à l’apéro : de la charcuterie, des fromages, des chips, du vin… Soit des produits artisanaux, français, sourcés directement chez leur producteur.

Q. C. : En un mot, le magasin que nous aurions aimé avoir en bas de chez nous ! 

Du coup, où et quand avez-vous inauguré votre 1ère boutique ?

Q. C. : En avril 2016, nous avons ouvert rue de Paradis, dans le Xe à Paris, près de la Gare de l’Est. Après plus de 25 visites dans les IIIe, IVe, IXe, Xe et XIe, ce local nous plaisait, entrait dans notre budget et le quartier se développait… Très vite, de nombreux médias se sont intéressés à nous. Les clients ont suivi, la communauté a grossi et quatre échoppes supplémentaires ont vu le jour à Paris, Lille et Lyon.

P.-A. S. : Dans chaque ville, l’idée est d’inaugurer d’abord une épicerie-bar, ouverte jusque 23h, la maison mère, puis, si possible, une ou des boutiques annexes, sans comptoir elles. Avec, à chaque fois, une sélection purement locale à 50%, puisque les habitudes de consommation à l’heure de l’apéro varient d’une région à l’autre.

Aujourd’hui, qui fait quoi entre vous trois ?

Q. C. : Moi, je m’occupe des boutiques et Paul, lui, de la marque…

P.-A. S. : Oui, nous avons assez rapidement décidé de nous associer à nos partenaires historiques pour créer nos propres recettes, de pâtés, de bières, de pastis ou encore de tartinables, comme le « poicamole », un guacamole à base de petits pois. Près de 600 cavistes, épiceries fines et fromageries principalement les distribuent désormais.

A. de B. : Pour ma part, je gère le B to B. En clair, notre offre pour les entreprises, aussi bien la partie traiteur que les coffrets cadeaux. 

Et, le livre dans tout ça ?

A. de B. : Un rêve d’enfant ! Après avoir réussi à créer notre bière, écrire notre propre livre nous portait. Paul surtout.

P.-A. S. : C’était une envie profonde. Et, force est de constater que ce projet s’est fait le plus simplement du monde. À l’occasion de la création de notre pastis, nous avons sollicité l’illustrateur Mathieu Persan pour en réaliser l’étiquette. Il a accepté tout de suite. Mieux, il a parlé de nous à Stéphane Rosa, responsable d’édition chez Hachette Pratique, qui nous a contactés dans la foulée. Nous avons évoqué l’idée d’un dictionnaire sur l’apéro et c’était parti !

Q. C. : Nous avons travaillé dessus une année durant. Le temps d’interviewer plus de 80 spécialistes sur les 200 définitions données, d’absinthe à zakouski, en passant par andouille, Chirac, football, mâchon, poiré, shot… Leurs dimensions historiques, culturelles, sociologiques, techniques… nécessitaient leurs expertises. Sans parler du fait que nous nous sommes ouverts à des pratiques et à des produits étrangers cette fois.

P.-A. S. : Ces entretiens, nous les avons condensés et retranscrits sous forme de verbatim, certes pédagogiques, mais tout autant vivants et accessibles.

Q. C. : Car, le livre doit être à l’image de l’apéro lui-même, un moment tranquille, facile, de décompression. Nous avons donc aussi ajouté des billets d’humeur, inspirés de notre vécu : camping, apéro en entreprise, enterrement de vie de jeune fille… Au final, c’est un ouvrage dans lequel zapper d’une rubrique à l’autre. À picorer en somme !

Qu’avez-vous chacun appris ?

Q. C. : En ce qui me concerne, j’ai été assez marqué par l’épopée Paul Ricard. Durant plus d’une heure et demie, son petit-fils, Alexandre Ricard, PDG du groupe Pernod Ricard, a partagé avec nous les souvenirs de cet entrepreneur et visionnaire hors norme, totalement animé par La passion de créer, du titre de son autobiographie.

A. de B. : De mon côté, Le Dictionnaire de l’Apéro m’a permis de discuter avec des personnes que je n’aurais jamais pu rencontrer par ailleurs. Je pense notamment au champion de France du barbecue. Il mène une vie de rêve, dans le village de son enfance, entouré de ses amis, dont l’un tient un restaurant qu’il ferme chaque mardi pour réunir tout le monde. Et je vous passe ses citations de génie : «  Le barbecue, c’est un prétexte pour prendre l’apéro. D’ailleurs, nous on se spécialise dans les cuissons lentes… »

P.-A. S. : Moi, je retiens mes discussions avec le restaurateur libanais Kamal Mouzawak. Grâce à lui, j’ai découvert ce qu’étaient réellement les mezzés. Pas exactement un apéro, mais plutôt un repas très codifié.

Comment l’apéro a-t-il évolué ces dernières années ?

P.-A. S. : Il a pris le pas sur le dîner. Il n’y a plus de frontière désormais entre les deux. Une évolution révélatrice, selon moi, des avantages économiques de l’apéro. Au lieu qu’une seule personne prépare « à ses frais » un dîner pour tous, chacun apporte un pâté, un champagne, un bon fromage… 

Q. C. : Il s’internationalise aussi. En témoigne le boom du spritz ou encore du houmous. Le signe cette fois de clients de plus en plus curieux, ouverts et, ce faisant, sachants. Le niveau est monté en flèches !

Et votre apéro des Fêtes, ce sera… ?

Q. C. : L’occasion de s’offrir quelques produits d’exception, comme une truffe, en lamelles sur des toasts.

P.-A. S. : En même temps, soyons clairs : il n’y a pas un apéro idéal. Le seul impératif à mes yeux, en particulier à Noël, est de s’entourer des gens qu’on aime. Pour le reste, chacun compose avec ses envies, ses origines, son parcours, ses amis…  Q. C. : C’est vrai mais, moi, quand même, j’aime bien l’idée des toasts à la truffe…