Rencontre avec Olivier de Cayron, auteur et photographe-plasticien

Arrière-arrière-petit-neveu de Jules Lavalle (1820-1880), il co-signe le tout nouveau projet d’édition de l’Athenaeum. Une passionnante biographie de ce médecin, botaniste, géologue et manufacturier bourguignons, auteur en 1855 de « Histoire et statistique de la vigne et des grands vins de la Côte-d’Or », l’ouvrage référence à l’heure de définir les A.O.C. de la région en 1937…

Quel est le point de départ de votre livre ?

Une histoire familiale et d’heureuses rencontres ! À sa retraite, mon père s’est plongé dans les archives de son illustre aïeul. Au point de lui consacrer une première conférence en 1988, à Dijon. Par atavisme sans doute, je m’intéresse à mon tour à Jules Lavalle, à partir de 2014. Les témoignages affluent. Parmi eux, celui de Ting Ding, experte en vins. Nous nous lions d’amitié. Elle rejoint l’Association Internationale des Vins Rares et Vieux Millésimes, dont je suis aujourd’hui le président et, elle, la vice-présidente. Nous rencontrons Jacky Rigaux, l’auteur et chercheur à l’origine du renouveau de la dégustation géo-sensorielle… Et, de fil en aiguille, l’idée de co-signer une biographie de Jules Lavalle éditée par l’Athenaeum prend forme.

Quel est l’objet de « Histoire et statistique de la vigne et des grands vins de la Côte-d’Or » ?

Avant 1855, hormis les écrits de Denis Morelot, il n’existe peu ou pas d’histoire complète des grands vignobles. En Bourgogne, après la Révolution française, le savoir-faire des moines bénédictins n’avait plus voix au chapitre. Seuls les vins ordinaires comptaient. Au XIXème siècle, à la faveur d’un regain d’intérêt pour les vins fins, Jules Lavalle souhaite apporter sa pierre à l’édifice. Écrit avec l’aide de Joseph Garnier, archiviste de Dijon, et de M. Delarue, pharmacien-chimiste, l’ouvrage étudie longuement les origines de la vigne et ses évolutions, avant de proposer une cartographie minutieuse des climats de la Côte-d’Or et de les hiérarchiser. Le fruit de longues observations empiriques portant sur la qualité des sols, leurs expositions, les cépages… Du jamais vu. D’où le succès du livre, notamment lors de sa présentation à l’Exposition universelle de Paris en 1867.

Pourquoi cet ouvrage fait-il à ce point référence ?

Par sa philosophie d’abord : il replace la notion de climats au cœur de la viticulture bourguignonne. Leurs justes expressions sont à l’origine des vins fins. Une approche scientifique et culturelle du vignoble totalement différente de celle qui voit le jour à Bordeaux, la même année. Éditée en 1855, la classification officielle des crus du Médoc et de Sauternes se base, elle, sur la réputation commerciale et le prestige des domaines propriétaires. Par sa justesse, ensuite. Rendez-vous compte : plus de 170 ans après sa publication, cette hiérarchisation est toujours d’actualité ! Les « têtes de cuvée n°1 » identifiées à l’époque sont encore les Grands Crus d’aujourd’hui, tout comme les « têtes de cuvée n°2 » nos Premiers Crus.

Comment expliquez-vous cet à-propos ?

Jules Lavalle n’est pas qu’un scientifique. C’est aussi un manufacturier. En 1857, il reprend la faïencerie familiale de Premières. Là, grâce à ses liens avec Victor Hugo, Gustave Courbet et d’autres, toute une série d’artistes interviennent. Tout médecin, botaniste et géologue qu’il est, il a lui aussi l’âme d’un artiste, comme le montrent les planches qui illustrent notre livre. Sans parler de ses talents d’urbaniste, à Dijon, lorsqu’il travaille à la rénovation de la ville pour mieux la préparer aux enjeux industriels du XXème siècle. Autant d’activités qui font de lui un grand visionnaire.

Qu’attendez-vous de cette nouvelle lecture de la vie et de l’œuvre de Jules Lavalle ?

Au-delà de ma propre histoire familiale et de mon attachement à redonner à mon aïeul toute la place qu’il mérite, il me paraît utile, à une époque marquée par les changements climatiques et autres remises en question, de rappeler nos fondamentaux. Cet ouvrage nous permet de remettre en lumière les notions de lieux et de climats, ainsi que les vignerons soucieux de les respecter. Plus que des artisans, des artistes à mes yeux.